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Meurtres par nécessité. Suite n°5

13/8/2007

 

accompagnée de ses cauchemars habituels     suite n° 5......

                                                           Cinquième épisode

 

    Sur la table de nuit le gros réveil sonna cinq heures trentes, les traits tirés Cécile semblait ne pas avoir dormi.

     Elle alluma la lampe de chevet, René était déjà parti. Elle fît rapidement sa toilette, descendit dans la cuisine, René, Léon et Augustine déjeunaient, Cécile avait un quart d'heure de retard "pour ce matin je passe" lui dit Augustine, "mais demain matin à cette heure çi le déjeuner doit être prêt".

     Cécile prit une tasse de café au lait, une tartine de confiture, René  et Léon s'en allèrent  sans un mot. Seule, elle restait aux ordres de sa tortionnaire. Augustine se planta devant Cécile, d'un ton de commandement lança " le matin vous préparerez et servirez le petit déjeuner, ensuite la vaisselle, je vous montrerai les volailles qu'il vous faudra soigner. Veillez à ce que les étables  soient curés et propres, si nécessaire, un coup de balai dans la cour, ensuite vous ferez le ménage de votre chambre, dans la cuisine et autres pièces de la maison, ne faites ma chambre, vous n'avez pas à y mettre les pieds. Dans le jardin, il y a toujours à faire, sarcler, arracher la mauvaise herbe, lorsque vous aurez terminé , venez à la cuisine me donner un coup de main". Cécile faillit lui dire ce sera tout ?  Hélas,  elle ne prononçait pas ces mots, pourtant ils auraient pû la déstabiliser, personne ne lui avait résisté. Vraiment, Cécile était née et programmée pour être esclave, elle s 'en voulait terriblement de ce manque de résistance, de hargne, de pugnacité.

     Apeurée, elle se leva de sa chaise, prit les bols restés sur la table, les mettait dans l'évier afin de les laver, "essuyez la table avant tout, la vaisselle après, ensuite le balai" lui ommanda-t-elle. Cécile fit de son mieux, à peine terminé elle lui montra les étables des volailles, ils se trouvaient derrière les dépendances, René ne les lui avait pas montré. Accollées les unes aux autres une dizaine d'étables où étaient fermés, poules, lapins, canards oies, dindons, pintades. Dans une étable séparée, deux gros cochons, Cécile n'avait jamais vu la plupart de ces animaux. Augustine lui montra où était le grain pour les volailles, ouvrit les étables et leur jeta un mélange de céréale. Elle alla dans une dépendance où cuisait dans une grosse marmite la nourriture des cochons, elle prit deux gros seaux, les remplit et les porta dans les mangeoires. Elle prit un rateau, un pelle, une balayette et commença à nettoyer. "tous les matins, vous ferez ceci, le soir à 17 h, vous veillerez à ce que les animaux soient rentrés et vous fermerez" ordonna-t-elle .

     Il était environ neuf heures, Augustine lui montra le potager immense, de grandes raies de légumes d'hiver, il y en avait plusieurs sortes "vous allez désherber les poireaux", elle prit un outil qu'elle appellait tranche et lui montra sur quelques mètres, "lorsque vous aurez fini venez me retrouver à la cuisine". Les trois rangées faisaient au moins vingt mètres, la mauvaise herbe était presque aussi haute que les poireaux, Cécile se demandant comment elle pourrait faire ce travail en si peu de temps. De gros sabots de bois aux pieds, elle entreprit maladroitement ce travail de forçat.

     Cécile se redressa éreintée, les mains meurtries à la moitié de la première rangée. Il était environ dix heures et demi. Elle n'avait jamais vu un potager, les légumes autre que dans une casserole. Elle s'en voulait terriblement de ne pas réagir, ne pas tenir tête à Ausgustine, aujourd'hui, quarante  ans après, Cécile est certaine que celà aurait changé le cours de sa vie mais il y avait son enfance, son adolescence dans les conditions aberrantes.

     Cécile entendit un bruit de moteur, vit René descendre de son tracteur, allait chercher un outil, "je vais t'aider" lui dit-il, en une demi heure tout fût fini . Il lui recommanda de ne pas rentrer à la maison, de se reposer dans une étable, ce qu'elle fît. Cécile trouva une caisse de bois, cachée des regards se laissa tomber épuisée, complètement vidée, à moitié recroquevillée elle s'endormit. En sursaut, elle sortit de sa torpeure, crût entendre un bruit, se releva prestement, observa aux alentours, elle vit une poule qui picorrait à ses côtés, quel soulagement, à ses pieds,  Mizou couchée, le museau sur ses deux pattes avant, ses yeux tristes vers Cécile, semblaient lui dire "comme tu es malheureuse, je ne suis qu'une chienne et je ne peux t'aider" Mizou se mit sur ses quatres pattes et léchait avec une douceur infinie les pauvres mains sanguinolantes d'ampoules éclatées. Cécile prit la chienne dans ses bras et trouva là un réconfort immense. Combien de temps s'était écoulé, impossible de se rendre compte, elle n'avait pas de montre, elle se promit d'en demander une à René. Cécile s'avança en rasant le mur pour une fois elle eut de la chance, la fenêtre de la salle à manger était grande ouverte, la comtoise en face montrait ses aiguilles, il était onze heures trente. Que faire ? se rendre à la cuisine, elle frissonnait d'y penser, il fallait pourtant se décider, elle grapillait quelques minutes supplémentaires de repos et à moins dix, elle faisait son entrée dans la cuisine suivie de Mizou. Tout en jetant un magistral coup de balai à la pauvre chienne qui hurla de douleurs, Augustine cria "vous voilà, vous en avez mis du temps, mettez le couvert, les hommes ne vont pas tarder  à rentrer,  laissez cette chienne dehors, sa place n'est pas à la maison, vous avez compris!!!!". La chienne se retourna,  jeta un regard de désolation à Cécile, la queue entre les pattes, elle se dirigea vers sa niche. Cécile apeurée ne savait où se trouvait la vaisselle et le reste, Augustine lui montra nerveusement les lieux de rangement, la bousculant au passage, tout en lui faisant savoir que ce serait la dernière fois.

     René et son Père se mirent à table sans mot dire, tout le monde mangea, se leva et repartit vers ses occupations. Cécile fit la vaisselle,la  rangea, lava le carrelage de la cuisine. Augustine avait quitté la cuisine, Cécile en profita pour aller dans sa chambre morte de fatigue, abattue, elle s'éfondra sur le lit et attendit le coeur battant que son tyran frappe à la porte, Cécile avait le pressentiment que celà ne saurait tarder. Elle ne frappa même pas, Augustine ouvrit la porte brusquement, de sa voie aigüe et persante, elle cria plutôt qu'elle ne parla "ici on dort la nuit, le jour on travaille, allez continuer à sarcler les choux, dans la soirée n'oubliez pas de rentrer la volaille, de bien fermer les étables". Elle claqua la porte au risque de la casser, Cécile entendit ses pas descendre l'escalier. Elle se leva lentement, dans l'armoire elle trouva de vieux mouchoirs pour bander ses mains pleines d'ampoules, elle se rendit sur le lieu de ses travaux forcés.

      Il y avait au moins une dizaine de rangées de choux. Mizou vint lui tenir compagnie, la soutenir moralement, Cécile se confia à son amie, lui raconta ses malheurs, ces quelques instants de joie, la chienne les comprenait, Cécile en était sûre. Elle décida de faire à son rythme, de s'arrêter de temps à autres. Appuyée sur le manche de son outil, elle reprenait son souffle, lorsque Cécile pressentit un regard posé sur elle, elle ne voyait personne, puis tout à coup elle vit Léon, il s'approcha d'elle, la regarda de ses yeux vicieux. Cécile comprit ce qu'il voulait, il l'interpella d'un ton doucereux et faux "si tu es gentille avec moi, je t'aiderai, tu n'auras plus les durs travaux à faire, viens dans l'étable ?", Cécile leva sa tranche vers sa tête et elle fût même étonnée de s'entendre dire, "foutez le camp vieux salaud" avec le geste de le frapper, Mizou se mit à aboyer rageusement, montrant ses dents à Léon qui lui jeta un bâton, heureusement il la manqua. IL ne demanda pas son reste, partit rapidement, non sans dire, "tu me le paieras".

    Maintenant, Cécile avaient deux bourreaux, Léon n'arrêta pas de la harceler au travail,  ne lui laissant aucun moment de répit. Dès qu'il la voyait, il disait, fais ceci, fais celà, sa vie devenait horrible, infernale , intenable.

 

     Heureusement le chauffage central avait été installé ce qui était rare à l'époque dans les campagnes. Après les repas du soir Cécile ne s'attardait pas et montait dans la chambre, le lieu où elle avait un moment de tranquillité. Elle passait trés rarement les soirées d'hiver devant la grande cheminée où les flammes léchaient une marmite en permanence pendue à la crémaillère. Lorsque des voisins venaient pour veiller, soirée bellotte ou autre, elle était dans l'obligation d'assister pour les qu'en dira-t-on, même dans ces fameuses soirées, on ne manquait pas de l'humilier ,en lui faisant comprendre qu'elle était empotée et ne valait pas un sou et tout ce monde ignorant, arriéré et  stupide riait. Pas un n'aurait pris la défence de Cécile, pas même René qui restait muet, la seule riposte, la fuite dans sa chambre. Combien à ses moments, Cécile eût aimé la venue de la police, la prison eût été moins cruelle.

 

    Les beaux jours arrivèrent mais le quotidien ne changea pas pour autant. Cécile n'avait plus que la peau et les os, elle ne passerait certainement pas un autre hiver dans ces conditions.

     Au mois d'août 1963 milieu de sa dix huitième année, Cécile eût le plaisir d'avoir la visite de son Oncle et de sa Tante. Ils  se présentèrent à Augustine, elle les reçut très grossièrement, elle ne pût faire autrement que de libérer Cécile.  Elle pût enfin s'extérioriser, parler sans fin, la journée passa bien trop vite........ à suivre n°6.

 

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