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Meurtres par nécessité. Suite n°1620/8/2007
qui la traita pendant sa broncho pneumonie...... suite n° 16. Seizième épisode
Elle hésitait, accepterait-il de visiter René après les problèmes de diagnostique concernant Augustine ?, elle prit la liberté de l'informer de l'état psychologique de René et de la crainte qu'elle avait, le suicide. Le médecin répondit rapidement, décrivit la siuation critique dans laquelle il avait trouvé René. La maison non entretenue, la ferme dans un laisser aller inquiétant, "j'ai fait ce que j'ai pû pour lui donner goût à la vie, lui faire comprendre qu'il n'était pas seul, je lui ai ordonné un traitement, peut être sera-t-il efficace. Je l'ai quitté avec l'espoir qu'il suive mes conseils, prenne régulièrement ses remèdes, je reviendrai le voir dans deux jours, je vous tiendrai informée". Cécile relut la lettre, se demandant comment elle pourrait intervenir. Cécile fît part de son inquiétude et celle du médecin à Line, lui demanda si elle pouvait se rendre au Paradis; son amie, lui répondit rapidement, elle irait voir René dès ce dimanche, elle essayerait de lui donner la force de vivre. "A ma prochaine visite, nous parlerons de tout ça", lui écrivait-elle. Si les visites de René la rendaient heureuse, Cécile restait inquiète, il semblait abattu, triste, aucune volonté malgré les efforts pour lui donner espoir, le réconforter, prenait-il son traitement ? il l'affirmait. Line fît une description du Paradis effroyable, tout était à l'abandon, René ne pouvait rester ainsi, il fallait qu'il se soigne, qu'il prenne son traitement sérieusement "je vais voir avec le médecin ce que nous pouvons envisager" lui assura Line, Cécile reprit quelques espoirs. Les jours passèrent lentement, René semblait mieux, ses visites étaient régulières. Manquaient énorment à Cécile, les absences de visites de sa grand mère, René et Line lui décrivaient un avenir sombre, elle déclinait de jour en jour, impossible de l'amener, elle ne résisterait pas au voyage lui disaient-il. Par l'écriture de plus en plus incertaine de sa grand mère, Cécile imaginait son état de santé. Cécile organisa, agrémenta sa cellule qu'elle occupait seule. Aux murs gris et tâchés elle accrocha une photo encadrée jaunie par le temps de sa grand mère encore jeune, celle de René prise peu de temps après le mariage par Line. Tapissa sa cellule de posters, afin de cacher le triste état de la cellule; la radio, la lecture, les cours par correspondance, le travail à l'atelier lui permettaient de vivre une vie, presque heureuse, sa grande préoccupation était à l'extérieur, sa grand mère et René.
Le trente novembre 1969 Cécile reçu un télégramme de René, sa grand mère venait de mourir. Ce fût un choc important, une peine incommensurable, Cécile fût longue à se remettre de cette immense perte, même si elle s'attendait à cette issue. Bien sur elle ne pût se rendre à ses obsèques, ce qui l'attrista davantage, en ce temps là, pas de permission de sortie. Cette femme effacée avait vécu sa vie avec si peu de joie, écrasée par l'autorité de Justin qui la traitait d'objet nécessaire. Il lui restait René, Cécile avait le sentiment, il allait mieux, un peu plus gai contrairement à l'habitude, sa tenue vestimentaire était plus nette, se dégageait un parfum d'eau de cologne. Les visites régulières de Line au Paradis étaient bénéfiques, elles lui transmettaient un peu de son énergie ainsi, s'éloignait l'hospitalisation tant redoutée par Cécile. Le médecin tenait informée Cécile de son état de santé, René prenait peut-être le chemin de la guérison.
Maladroitement, Line essaya de dissimuler son bonheur, il est plus difficile de cacher sa joie que son malheur, pourtant, elle ne pouvait taire plus longtemps ses fiancialles et son futur mariage à sa meilleure amie. Line connaissait la dure réalité de l'enfermement, pendant ces longues années, Cécile ne connaitrait pas le bonheur d'aimer, la joie de la famille, les enfants à venir, c'était le vide. Avec précautions, Line lui annonça la nouvelle, Cécile fût décontenancée, cette éventualité ne lui avait jamais effleuré l'esprit. Une pointe de jalousie la submergea, elle chassa par un sourire un peu forcé cette mauvaise pensée, elle fût honteuse de son égoïsme. Elles avaient toutes les deux vingt cinq ans, la fleur de l'âge. Après cette nouvelle, de retour dans sa cellule, Cécile réalisa qu'elle était vraiment enfermée pour de longues années, jusqu'à ce jour, elle n'avait envisagé sa vie de femme, elle avait vécu jour le jour, ses peines, ses maltraitances ne lui avaient guère laissé le temps d'entrevoir un avenir d'une vie meilleure. Sa jeunesse allait s 'étioler sans couleur, sans lumière, triste à l'ombre de ces grands murs. Son avenir prenait fin à la porte de sa cellule, aucun espoir, pas de perspective, le néant, une vie qui en était pas une, une existence entre parenthèse. Parfois dans sa solitude, elle se souvenait de la semaine folle de Paris, cet amour violent mêlé de jouissance charnelle, de peur, de terreur. Elle revivait chaque seconde de ces instants de plaisirs, il ne lui restait que ses souvenirs, ses fantasme, instants éphémères. Le mort, ses grands yeux sortis de leurs orbites, accompagnait ces moments fragiles de bonheur passé. Cécile ne cessait de penser avec crainte à la visite de Line accompagnée de son fiancé.Elle avait tellement insisté pour le lui présenter, Cécile avait fini par accepter, "ce n'est pas possible, je suis en prison, je te ferai honte, ton mariage risque d'être compromis, je ne peux accepter", c'était écriée Cécile. Line avait persévéré " ne t'inquiètes pas Cécile, mon fiancé connaît la situation, il est même heureux de faire ta connaissance, il ne demande que de t'apporter son soutien". Elles passèrent cette après midi à deviser, Line lui fit part de ses projets, de ses rêves, ses espoirs. Elle lui disait "mon futur mari et moi ferons tout pour que tu puisses sortir le plus rapidement, tu as une famille qui t'attend avec avec impatience, ton oncle, ta tante, René". Cécile savait pertinemment qu'elle était dans cette prison pour de nombreuses années. Elle ne savait pourquoi la rencontre avec le fiancé de Line, l'effrayait. C'était pour cette après midi, le fiancé de Line serait là devant elle, pourquoi avait-elle si peur ? , elle n'arrivait pas à en comprendre la raison, craignait-elle d'être jalouse, certainement de ne pouvoir vivre ce bonheur. Il était debout devant le parloir, grand, beau, brun, sourire aux lèvres, Line le présenta, "François mon fiancé", elle se tourna vers Cécile, "Cécile ma meilleure amie", un immense plaisir envahit Cécile, Line l'avait présenté comme sa meilleure amie. Cécile effaça ce picotement de jalousie, eut de nouveau honte de ce ressentiment. Line lui communiqua sa joie, son bonheur, Cécile fût pleinement heureuse, à travers ce couple elle pourrait vivre ce qu'elle ne connaîtrait jamais. L'après midi fût ternie par les nouvelles de René, Line était allé le voir, elle le trouva dans une extrème détresse, se sentit dans l'obligation d'en informer le médecin, il lui fît comprendre la nécessité d'une hospitalisation, le laisser seul était prendre un grand risque. Ils se quittèrent bien trop vite, Cécile les vit s'éloigner le coeur gros. Que pouvait faire Cécile pour René ?, elle appela une des surveillantes et la supplia de l'autoriser à téléphoner, celle-ci accepta et prit sur elle toutes les conséquences que cette entorse au règlement pourrait avoir, le téléphone était autorisé qu'à certaines heures. La tonalité lancinante du téléphone résonna dans la tête de Cécile, René ne décrochait pas, que se passait-il ?, elle appela le médecin, pas de réponse, il était certainement en visistes pensa Cécile. A l'époque pas de portable, enfin, tard dans la soirée, elle pût parler au médecin. Il l'avait fait hospitaliser d'urgence, il avait trouvé René allongé, inerte sur son lit, la chambre dans un état lamentable, enfermé dans un monde qui n'est pas le nôtre. Il n'eût aucune réaction lorsque les ambulanciers l'allongèrent dans leur véhicule. René resterait six mois lui disait le médecin si tout va bien. L'oncle de René s'occupait de la ferme depuis plusieurs années, René l'avait caché, Cécile ne lui en voulait pas, pour elle, l'essentiel c'était sa guérison. Cet oncle dont Cécile avait remarqué le regard avide, c'était empressé de déposséder René, il avait pris soin de le faire déclarer, irresponsable et fou. L'oncle n'avait eu aucun mal, auprès d'un médecin, d'un notaire de se faire désigner tuteur, il n'avait même pas eu la pudeur de lui apporter les moindres soins indispensables, au contraire, avait laissé René s'enfoncer dans l'abîme de la folie afin de le spolier. Cécile tenta de tenir une relation épistolaire afin de le soutenir dans cette difficile maladie, il lui répondait sans énergie, sans vigueur de quelques lignes écrites avec difficultés, René n'avait plus aucun goût à la vie. Abattue, ne pouvant lui apporter aucun secours, à nouveau Cécile se culpabilisa, elle l'avait amené au désespoir, elle se jugeait pleinement responsable de son état. Ses correspondances devenaient de plus en plus incompréhensibles, incohérentes puis plus de réponse, une grande inquiétude submergea Cécile, René glissait lentement vers la folie.
Après plusieurs semaines à l'hôpital de la ville, René fût transféré dans un hôpital psychiatrique spécialisé. Cécile ne recevait aucune nouvelle si ce n'est celles de son médecin de famille, il ne lui donnait aucun espoir sur la reprise d'une vie normale. A plusieurs reprises, elle essaya de s'informer auprès du service on lui répondait vaguement sans précision, elle comprit rapidement, elle dérangeait avec ses questions, pour elle importantes, pour les soignants ridicules, les petits rires entendus à l'écouteur, lui firent comprendre, l'on fichait pas mal de René, aussi, elle cessa d'appeler. Au cours des longues nuits, le mort de Paris, la mort d'Augustine et de Léon, la torture de son avortement, la grosse femme qui avait partiellement disparu réapparaissaient fréquemment dans les rêves terrifiants de Cécile. René lui apparaissait, visage dur, l'accusant d'avoir détruit sa famille; trempée de sueur, elle se réveillait le coeur battant à tout rompre, se levait, se mouillait le visage, restait assise des heures et des heures, les larmes intarissables ruisselaient sur ses rides naissantes.
Ce nourrissant de moins en moins, Cécile perdait du poids dangereusement pour sa santé. Disparaître, la tentation était grande mais la vie s'accrochait, aussi difficile que soit l'existence, la quitter semble insurmontable, pourtant, si peu de choses la retenaient. Pour ces femmes au coeur brisé, brûlé, condamnées à de longues peines, la tentation du suicide était grande. Le moindre rêve, le plus petit espoir d'une autre vie meilleure, leur permettait de résister. Les heureuses visites de Line et François s'estompèrent après leur mariage, leurs activités professionnelles les éloignèrent de la région. Leurs correspondances régulières, le passage annuel de son oncle et de sa tante lui apportaient un souffle de courage, d'espérance, furent le fil qui la retinrent du geste fatal. Parmi les surveillantes, deux particulièrement l'entourèrent, lui apportèrent toute l'aide que le règlement permettait, parfois plus. Par leurs paroles réconfortantes, leurs gestes d'affection, elles lui évitèrent de tomber dans la dépression . Psychologues, elles arrivèrent à la convaincre, elle n'était en rien responsable de la déchéance de René, seules, leurs propres familles en étaient à l'origine. Une surveillante proposa d'aller voir René, Cécile n'osait accepter, elle insista "j'ai de la famille tout à côté de l'hôpital, ce sera un plaisir de te rendre ce service" lui disait elle. Cécile savait qu'elle y allait spécialement, elle fût trés touchée, émue; les surveillantes avaient vite compris, Cécile n'était pas une criminelle comme les autres mais une victime....... suite n° 17.
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