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Meurtres par nécessité. Suite n°19.

  : Ajouté le 22/8/2007 à 14:08

 

     Dans l'espoir que cet évènement rétablisse nos relations...... suite n° 19.

                                                                      Dix-neuvième épisode

 

     J'entendis la clé dans la serrure, me mis à trembler de tous mes membres, il entra, ne me regarda pas, se mit à table, attendit que je le serve comme je lui en avais donné l'habitude. Je m'armais de courage et lui annonçais la bonne nouvelle, il resta un moment sans répondre, me regarda d'un air suspicieux et me lança, "es-tu certaine qu'il est d moi", j'en fus sidérée, je lui expliquais qu'il ne pouvait en être autrement. Dans son esprit, rien ne pouvait lui ôter de la tête, je l'avais trompé, il en avait la certitude, c'était un malade. Le reste de la soirée, il resta muet, mangea, s'affala sur le canapé, regarda la télévision puis alla se coucher.  Je n'osais rencontrer ses parents, peut-être aurai-je dû leur annoncer qu'ils allaient être grand parents, je ne le fis pas.

     Deux mois passèrent, les coups semblaient moins fréquents, je prenais des rondeurs, du poids. J'attendais tant de l'arrivée du bébé, hélas, un samedi il arriva certainement après avoir fait le tour des bristots, îvre. Je ne sais sous quel prétexte, il se mit à me frapper d'une brutalité bestiale, il me projeta violemment sur le coin de la table de cuisine, je sentis une violente douleur, portais instinctivement mes mains à mon ventre, la douleur devenait de plus en plus insoutenable, il fallait aller rapidement aux urgences. Eric était étalé sur le canapé, je le secouais, le suppliais de me conduire à l'hôpital, il refusa, alla se coucher, je l'entendis ronfler. Dans  des souffrances atroces je me rendis à l'hôpital, heureusement il se trouvait à quelques centaines de mètres. Je fûs immédiatement prise en charge, je trouvais une raison plausible à l'accident, la chute d'une chaise alors que je rangeais des vêtements dans l'armoire. A mon grand regret, je perdis mon bébé.

     Ses parents ne sûrent jamais qu'ils avaient failli avoir une petite fille. Pour moi, ce fût moralement un choc douloureux, inoubliable, il m'a marqué à vie.

     Cette situation entre les disputes incessantes, les coups parfois insoutenables, dura un peu plus de dix ans. Je ne pouvais me confier, pas d'amies suffisamment intimes, je pensais être la seule dans ce cas. Ses parents avaient ils compris mon calvaire? je le pense, un jour, sa mère vint me voir, j'avais les yeux au beurre noir, avant d'entrer, elle s'assura qu'Eric n'était pas là, la porte lui était interdite. Elle fît comme si elle n'avait pas remarqué mon visage tuméfié. Pourquoi ne lui ai-je pas parlé à cet instant ?, par crainte qu'elle pense que je sois responsable de la fureur de son fils.

     L'accident arriva le soir même, il entra les yeux injectés de sang, il sentait l'alcool. La dispute éclata rapidement, il prit un couteau, se jeta sur moi en me disant, "tu as encore vu ma mère, je te l'ai interdi, je vais te tuer, sa main armée du couteau approchait dangereusement de ma gorge, d'une force que l'on a à l'approche d'un danger, je lui mis mes doigts dans ses yeux,  me dégageais, pris une lourde chaise, la lui cassais sur la tête. Le crâne se mit à saigner abondamment, il ne bougeait plus. J'avais tué mon mari, affolée, ne sachant que faire, j'appelais mes beaux parents, ils arrivèrent rapidement, ils ne purent que constater la mort de leur fils. Ils appelèrent la police, un médecin qui confirmait le décés;   prison, tribunal, condamnation à vingt ans. Voilà, tu sais tout ".

     Cécile restait cilencieuse, son calvaire lui revint en mémoire encore plus présent, après avoir fait une pause, Cécile raconta son triste parcours avec ses peines, ses rares plaisirs, ses moments d'abattements, l'avortement à elle aussi, l'avait marquée au fer rouge. Elles s'attardèrent sur ce sujet combien cruel pour une femme, cependant, Cécile ômettait de lui parler du mort de Paris. Pourtant, elle avait confiance en son amie, ces instants terribles ne pouvaient sortir de sa bouche, le mort de Paris resta un lourd fardeau toute sa vie.

 

     Entre ces deux femmes, après avoir commenté leur parcours, le rapprochement fût immédiat, une amitié sans borne lia leurs deux solitudes, se transforma en amour incommensurable, indestructible.

 

     Même si la vie était acceptable dans leur situation, il y avait malgré tout

 les contraintes, les relations avec les autres détenues, les disputes, parfois des bagarres violentes dûes à l'enfermement. Cécile évitait de prendre partie ainsi elle gardait de bonnes relations avec les unes et les autres. Yasmina et Cécile  étaient heureuses d'être ensemble, le bonheur était dans la cellule.

     Dans  la promiscuité, la chaleur étouffante de leur cellule, leurs corps  à  demi nus se frolaient. Les attouchements se firent de plus en plus précis, montait en Cécile une envie de prendre  tendrement Yasmina dans ses bras, elle avait une profusion d'amour à faire partager. Elle voyait bien dans le regard de Yasmina qu'il en  était de même.

     Un soir, Yasmina se coucha la première sur la couchette du bas, Cécile se baissait pour lui souhaiter bonne nuit, Yasmina la prit par le cou, l'attira vers elle, Cécile glissa à ses côtés malgré l'étroitesse de la couche, leurs deux corps enlacés ne firent qu'un. Elles dormirent peu, se fût une explosion d'amour sincère, de sexe que Cécile connaissait si peu. Cécile fût surprise d'avoir tant de plaisir avec une femme, l'envie charnelle jusqu'alors lui était inconnue, si ce n'est l'aventure tragique de son escapade à Paris.

 

     Le surpleuplement, les longues peines,  favorisaient les animosités entre détenues mais aussi, les relations amoureuses. Pour certaines jeunes femmes, privées de tendresse et d'amour, l'homosexualité était une alternative. Les scènes de jalousie, d'hystérie étaient fréquentes, parfois suivies d'hospitalisation.

     Leur bonheur de se démentit pas, les années passaient avec toujours le même plaisir d'être ensemble. Les travaux en atelier,la lecture, les études de droit qu'elles avaient décidé d'entreprendre par correspondance, leur amour, emplissaient  amplement tous les instants.

 

     Aux vacances d'été de l'année 1986, Line, lors de l'une de  ses  visites incita Cécile à faire une demande de liberté conditionnelle, vingt ans de détention déjà. Une grande peur la submergea, effrayée par la liberté, quitter Yasmina pas question. La première demande n'était jamais acceptée lui disait-on dans son cas, plusieurs seront nécessaires, sa sortie n'interviendrait pas avant plusieurs années. Yasmina insistant pour que Cécile accepte cette démarche, "dans sept ans je ferai moi même une demande " lui disait-elle. Elle se laissa convaincre.

     A partir de ce jour, elles faisaient des projets parfois utopiques, pour elles, réalisables. Il ne se passait pas un jour sans que leur avenir de femme libre ne soit dans leur conversation , découverte du monde,  voyages lointains, une maison coquette décorée à leur goût, un grand jardin fleuri. L'avenir était empli d'espoir, de bonheur et enfin, de sérénité.

 

     En 1988, la réponse à la demande de libération conditionnelle  de Cécile fût refusée, le motif: condamnée à une peine de prison à perpétuité dont 30 ans incompressible, ne peut dans ce cas, obtenir une libération, renouveler la demande dans la trentième année. Elle ne fût pas surprise par cette décision,même soulagée par ce refus, pour d'autres, il aurait été une déception. Il lui restait neuf ans avant de prétendre à la libération, pour toutes les deux, ce fût une bonne nouvelle. Au cours de l'année 1990, Justin mourut à l'âge de 92 ans. La mère de Cécile, Mathilde, resta seule dans un isolement complet.

     Sept ans passés, toujours aussi amoureuses, Cécile et Yasmina vivaient au fond de leur cellule un intense bonheur caché.

     Une seule ombre pour Cécile, la libération conditionnelle, ayant accompli huit ans de sa peine Yasmina pouvait envisager faire une demande, elle le fît en 1993. Cécile ne pouvait prétendre à une libération qu'en 1996, elle se jugea égoïste, il restait quatre années pendant lesquelles Yasmina lui rendrait visite le plus souvent possible et elle organiserait sa sortie.

     Pourtant, Yasmina était inquiète, que ferait-elle à l'extérieur ?, les services sociaux lui trouveraient un travail assuraient les surveillantes. Elles passaient de longues heures à préparer leur liberté. Cécile décida de tenter sa chance, elle fit une nouvelle demande  de libération à la même époque que Yasmina, Cécile révait de leur sortie ensemble main dans la main. .....

.. suite n° 20.



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