Meurtres par nécessité. Suite n°21
: Ajouté le 30/8/2007 à 13:09
La vie reprenait son cours..... n° 21.
Vingt et unième épisode
La prison se dégradait au fil des jours, les cellules surpeuplées, la plupart des nouvelles détenues étaient d'une violence inouïe. Le personnel petit à petit avait changé, les anciennes surveillantes, les infirmières qui avaient eu tant d'importance dans l'existence de Cécile étaient pour la plupart parties à la retraite.
Un nouveau directeur, jeune, sans psychologie avait pris la succession de l'ancien ,parti lui aussi. Le nouveau, avait crû bon de changer le règlement intérieur, de nouvelles dispositions étaient prises afin de durcir la discipline, dans ces conditions, les détenues étaient en constante révolte.
Une codétenue occupait la place de Yasmina, elle se prénommait Juliette, une femme timide, brisée par son passé, elle paraissait une quarantaine d'années, elle n'avait que trente deux ans, légèrement voûtée, certainement par le poids de son crime, elle ne révéla pas la raison de son incarcération à Cécile. Elles échangeaient les propos indispensables, Cécile comprenait qu'elle ne veuille se confier, elle respectait son silence. Cécile connaissait le crime qui l'avait amenée là, dans une prison tout se sait, la radio, les journaux. Les autres détenues la rejetaient, l'insultaient, parfois la frappaient, le tribunal l'avait jugée, les détenues la rejugeaient.
Lors des promenades quotidiennes, Cécile assista à des scènes atroces dont l'une d'entre elles qu'elle n'oubliera jamais. Un groupe de détenues se jetait sur une jeune femme qui se retrouva vite à terre, tabassée à coups de pieds, coups de poings, rouée de coups. Enfin les surveillantes vinrent au secours de cette jeune détenue, mais hélas, bien trop tard, au sol, il restait une loque ensanglantée, les surveillantes intervenant comme à l'habitude après les altercations. Cette pauvre femme mourut à l'infirmerie dans l'heure qui suivit et ceci, pour une broutille. Ces faits étaient courants, heureusement l'issue n'était pas toujours fatale. Il faut dire, les surveillantes évitaient de se mêler aux différents qu'il pouvait y avoir entre détenues. Personne ne sût comment la mort de cette pauvre fille fût déclarée, certainement en accident.
Cécile craignait pour la vie de sa compagne de cellule, du mieux qu'elle pût elle prit sa défense. Cécile était une des plus anciennes détenues de la prison, l'ensemble des prisonniers la respectait. Juliette avait tué d'après les informations qui circulaient dans la prison, le dernier de ses six enfants âgé de un mois par étouffement, celà paraît inexcusable aux yeux de personnes dites équilibrées. Mère de six enfants, seule, sans mari ni soutien, ses autres enfants lui étaient ôtés à la naissance. Dans un moment d'immense détresse, d'un geste de désespérée, elle commit l'irréparable, elle donna la mort après avoir donné la vie. Cécile avait compris, la prison n'était rien par rapport à sa souffrance intérieure, survivrait-elle à son geste ? . La prison n'était pas le lieu où cette pauvre femme devait être mais un endroit où des soins pourraient lui être prodigués, surtout de la compréhension, de la compassion. Nous pouvons tous être amenés à commettre le pire des crimes dans des circonstances que nous ne maîtrisons pas lorsque nous n'avons plus nos facultés de discernement.
Ainsi, les jours passèrent en compagnie de cette pauvre femme usée par le malheur et l'incompréhension de tous. Elles vivaient sans se gêner, Juliette restait parfois de longs moments dans ses pensées, sans aucune réaction apparente. Une grande peine submergeait Cécile en voyant ce chagrin qui l'habitait, elle aussi, avait connu de tristes heures noires ou l'abîme n'a pas de fond.
Cécile ne supportait plus ce lieu, trop de souvenirs y étaients liés. Elle décidait de faire une nouvelle demande de libération conditionnelle. En octobre 1995, son avocat fît et plaida cette action. L'administration judiciaire prenait son temps, il fallait de la patience. Cécile commença l'année 1996 avec l'espoir de sa libération prochaine, son avocat l'avisa, la sortie était proche.
Un pli recommandé lui fût remis déjà ouvert par le service de sécurité et grossièrement refermé. Cécile le retourna dans tous les sens, que lui voulait-on ?, toujours la crainte d'une mauvaise nouvelle, l'expéditeur, un notaire de la ville d'origine de ses grands parents. Elle ouvrit fébrilement le pli, il contenait un formulaire à remplir ainsi qu'une lettre lui stipulant qu'elle était la seule héritière de sa mère. Glissa à terre une enveloppe fermée, sans marque particulière, "seulement pour Cécile", elle l'ouvrit avec inquiétude, elle contenait une brève correspondance de Mathilde, sa mère, la seule qu'elle lui adressa de sa vie. Elle prit connaissance du contenu, mot par mot, elle lût et relut: "Cécile, je suis trop lâche pour t'expliquer mon comportement depuis ta naissance, ta tante t'expliquera si tu le désires, je n'ai aucune excuse, je te demande pardon, comment pourrais-tu me l'accorder, je te comprends. J'ai fait le nécessaire pour ce que je possède te revienne, patrimoine et argent provenant de tes grands parents, ceci n'effacera pas le mal que j'ai fait. Lorsque tu recevras ce mot, je ne serai plus, encore une lâcheté de ma part, ta mère Mathilde".
Elle se laissa choir sur un tabouret, l'image de sa mère lui revint à l'esprit, sa jeunesse, son adolescence, défilèrent rapidement comme un film en noire et blanc. Cécile tenta d'excuser, d'idéaliser sa mère sans y parvenir, bien sûr elle connaissait depuis longtemps les circonstances de son comportement. Le temps avait atténué les rancunes mais il était impossible d'oublier.Mathilde avait sacrifié l'amour de sa fille, cette fille venue au monde sans son consentement, il ne lui avait pas été possible de l'aimer. Pourquoi revenir sur ce passé, pouvait-elle l'effacer, non, trop d'années de douleurs, de peine, de tristesse.
Pourtant sa mort par empoisonnement fût insupportable, oui, Cécile en était certaine, sa mère avait souffert de cette vie sans amour. Si elles avaient pû seulement se parler, se confier l'une à l'autre, peut-être se seraient elles aimées, du moins supportées. Elle pleura sur une mère qui n'avait pas pû ou sû en être une. Cécile pardonna, on pardonne tout à une mère quelle qu'elle soit. Cécile aurait tellement préféré son amour à cet héritage.
Cécile envoya à son oncle la lettre du notaire pour qu'il veuille bien s'occuper des droits de succession, bien qu'à la retraite, il fît le nécessaire. Malgré la vente d'une bonne partie du patrimoine de Justin, il lui restait largement de quoi vivre jusqu'à la fin de ses jours.
Avant sa mort, Yasmina avait souvent parlé de religion, elle était croyante, Cécile respectait ses choix. Pas plus l'imam qui venait la voir, que l'aumônier ne réussirent à convaincre Cécile, son passé ne lui permettait pas de croire en quelle religion que ce soit. A la mort de Yasmina, Cécile demanda à l'Imam de faire le nécessaire pour qu'elle ait des obsèques dignes, Cécile prit en charge tous les frais. L'Imam un homme fort sympathique lui assura que tout serait fait, la tombe serait entretenue en permanence. Elle se promit qu'à sa sortie, sa première visite serait pour sa tendre Yasmina.
En septembre 1996, le directeur de la prison informa Cécile, la demande de liberté conditionnelle déposée par son avocat était acceptée. La date de sa sortie lui serait notifiée par l'administration judiciaire dans les jours prochains. Son avocat lui confirma sa prochaine libération.
Une crainte subite lui vint, qu'allait-elle devenir à l'extérieur, trente ans sans vision du monde. Son Oncle et sa Tante avaient tout prévu, elle n'avait pas de souci à se faire lui disaient - ils, malgré ce, quitter cet endroit l'effrayait, pourtant elle ne le supportait plus, tout lui rappelait Yasmina, pourquoi n'avait-elle pas décelé plutôt cette grosseur, elle se culpabilisait comme toujours.
La visite de son amie Line la conforta, "il faut te projetter dans l'avenir, organiser ta vie, il y a des quantités de choses à réaliser, je ferai mon possible pour que tu y parviennes". Cécile promit de lui rendre visite dès qu'elle serait capable de voyager seule. Cécile fût étonnée, au cours de leur conversation pas une seule fois le nom de son mari ne fût prononcé puis elle oublia ce détail. La levée d'écrou fût prévue pour le vingt septembre 1996.
Enfin le jour de libération de Cécile arriva. Le matin tôt, elle prépara quelques affaires à emporter, presque rien, des photos de sa grand mère, de René, jaunies par les années, elle laissa sans regret tout à sa compagne de cellule. Au moment des adieux, Juliette se jeta dans ses bras, la fixa avec ses yeux en larmes de détresse, elle prononça ces quelques phrases qui la boulversèrent "merci Cécile pour ton soutien, tu es la seule à m'avoir porté de l'amitié, je regrette de ne mettre confiée à toi, tu aurais pû comprendre mon geste, je n'ai pas osé. J'ai été abandonnée, violée, servie de poubelle aux hommes, de bête de somme à mes employeurs, personne ne m'a jamais aidée, que dieu me pardonne pour cet acte ignoble, tuer mon enfant, je n'ai pas voulu que l'on me le prenne comme les autres, pourquoi me les a-t-on enlevés". Après tous ces malheurs, elle croyait encore en dieu. Cécile ne trouva pas les mots pour la soulager, ce qu'elle aurait pû lui dire paraissait indécent. Peut-être aurait-elle été une bonne mère si l'administration inhumaine lui avait fait confiance. Cécile lui caressa les cheveux ne sachant que faire, sentit ce corps léger comme une plume lui glisser entre les bras, elle l'allongea sur la banquette , une petite voix sortit de sa bouche pour dire "bonne chance Cécile", elle promit de lui rendre visite le plus souvent possible. La surveillante vint chercher Cécile, elle la supplia de prendre soin particulièrement de cette pauvre morte vivante.
Dès le départ de Cécile, Juliette refusa de s'alimenter, de l'infirmerie elle fût transportée d'urgence à l'hôpital où elle mourut dans le dénuement le plus complet, oubliée de tous. Cécile n'oublia jamais ces derniers instants, elle s'en voulait tant de ne pas avoir compris son appel au secours, peut-être aurait-elle pût atténuer ses souffrances mais quel avenir avait-elle ?, peut-être la mort lui était une délivrance. Sa courte vie a été une parenthèse dans une société basée sur l'égoïsme, à qui a-t-elle manqué?, ses enfants que sont-ils devenus?.
Après avoir fait ses adieux aux surveillantes qui, pour quelques unes l'avaient accompagnée toutes ces années, pris leurs adresses, leur promis de leur donner de ses nouvelles. Les lourdes portes s'ouvrirent, accompagnée de son avocat sans se retourner elle se retrouva dans la rue sombre, remerciait son défenseur puis s'engouffrait dans la voiture qui l'attendait.
Son Oncle démarra, Cécile se mit à trembler, sans pouvoir s'arrêter. Sa tante Marie lui fît prendre un anti dépresseur, elle se calma. Elle les embrassa enfin, leur demanda de bien vouloir faire le détour afin de se recueillir sur la tombe de Yasmina. Devant le cimetière ils la laissèrent aller seule. D'un pas incertain, un bouquet de roses rouges à la main, la fleur préférée de Yasmina, elle traversa le cimetière, se dirigea directement au carré réservé aux musulmans. Elle se laissa tomber à genoux sur la tombe, ne pût retenir ses sanglots, elle resta là, immobile dans ses pensées. Sa Tante lui prit doucement le bras, la releva, avec chagrin elle la suivit. Dans la voiture, Marie lui donna un mouchoir, une paire de lunettes de soleil, la lumière crue de la fin d'été l'aveuglait. Ils prirent la direction de la Normandie où son oncle et sa tante demeuraient. Cécile fût surprise par leur vieillissement, elle réalisa que son oncle avait soixante et onze ans, sa tante, soixante dix. Pour Cécile aussi le temps et la prison étaient passé par là, elle avait cinquante et un ans en paraissait soixante.
Cécile s'était immaginé le flot de voitures, leur vitesse mais à ce point pas du tout, une parenthèse de trente ans pour elle, un inimaginable changement. Les autoroutes, les péages, elle était complètement déphasée. La campagne oubliée depuis trente ans, défilait, merveilleuse à ses yeux. Les murs gris de la prison lui semblaient déjà lointains à la fois si proches. Son oncle s'arrêta dans un resto route, là, elle prit Marie par la main, ne la lâcha plus jusqu'au moment où ils posèrent leur plateau sur la table.
..............suite n° 22.
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